Cellules souches

Qu’est-ce que les cellules souches?

Les cellules souches sont des cellules qui ne sont pas encore spécialisées pour accomplir une fonction particulière. Elles ont le potentiel de se transformer en cellules sanguines, en cellules musculaires, en neurones et en bien d’autres types de cellules accomplissant une fonction spécifique. Il existe deux destinées possibles pour les cellules souches : soit qu’elles se divisent de manière répétée, soit qu’elles se différencient afin de produire les cellules requises pour la croissance tissulaire, par voie d’autorenouvellement.

La forme la plus polyvalente de cellules souches se retrouve dans le blastocyste, un stade du développement embryonnaire survenant de quatre à cinq jours après la fécondation. Ces cellules souches sont dites totipotentes ou pluripotentes, ce qui signifie qu’elles peuvent se différencier pour produire tous ou presque tous les types de cellules du corps. Les cellules souches embryonnaires peuvent être isolées et cultivées en laboratoire où elles pourront croître plus ou moins indéfiniment. Elles constituent ainsi une source quasi infinie de nouvelles cellules transplantables. Toutefois, il existe de nombreuses questions éthiques faisant obstacle à l’utilisation de ces cellules à des fins thérapeutiques.

Les cellules souches dites « adultes » ou multipotentes sont quant à elles des cellules plus spécialisées. Elles sont moins aptes à se multiplier et ont déjà acquis une spécialisation, ce qui signifie que le nombre de types cellulaires auxquels elles peuvent donner naissance se limite à la même famille cellulaire, ou « lignée ». Ces cellules sont actives durant toute l’existence et assurent le renouvellement des tissus. Toutefois, ces populations cellulaires diminuent progressivement avec le temps.

En ce qui concerne la capacité de renouvellement du système nerveux, l’opinion classique veut que les cellules souches adultes non neurales soient déjà trop spécialisées. D’autres scientifiques remettent toutefois ce point de vue en question, en affirmant que ces cellules souches peuvent assurer l’apport d’éléments nutritifs aux neurones ou leur protection d’une manière quelconque. Le fait est que certaines cellules souches neurales se retrouvent bien dans le système nerveux adulte, mais elles sont peu nombreuses, et leur activité est limitée. Les scientifiques cherchent donc des moyens de les activer à l’aide de facteur de croissance, afin qu’elles puissent évoluer et se transformer en neurones et en cellules de soutien du système nerveux (cellules gliales, formant la glie). 

Suite à une percée de la recherche en 2006, les chercheurs ont identifié une nouvelle source de cellules souches, dites cellules pluripotentes induites (CPi). Les CPi sont des cellules adultes ayant été reprogrammées de sorte qu’elles retrouvent leur capacité pluripotente, une capacité que l’on croit équivalente à celle des cellules souches embryonnaires. Les cellules prélevées dans le cadre de cette technique proviennent en général de la peau du patient, mais des cellules musculaires, hépatiques ou autres peuvent également être employées. Cette nouvelle source de cellules souches ne pose pas de problèmes d’éthique importants; toutefois, étant donné que la technique suppose l’utilisation de virus infectant les cellules pour modifier leur caractère génétique, on craint que ces cellules modifiées puissent provoquer l’apparition d’un cancer. Un autre avantage des CPi, c’est qu’elles proviennent du patient même, ce qui élimine les problèmes de rejet associés à la greffe de cellules en provenance d’un donneur.

Comment l’administration thérapeutique de cellules souches pourrait aider les patients SLA

Afin de bénéficier aux personnes atteintes de SLA, les cellules souches devraient idéalement pouvoir favoriser la régénérescence nerveuse, le remplacement des neurones endommagés et la stimulation de la récupération fonctionnelle. Elles pourraient également jouer un rôle secondaire afin de protéger les motoneurones contres les lésions. 

Remplacement des neurones endommagés – Ce type de traitement représente encore un défi pour la science et la technologie actuelles. L’environnement des régions du système nerveux étudiées par les chercheurs semble favoriser l’évolution des cellules souches en cellules gliales plutôt qu’en neurones. Même si les précurseurs neuraux reçoivent le signal approprié pour se transformer en motoneurones, il leur reste encore à développer des prolongements (axones et dentrites) afin d’établir des connexions adéquates dans le réseau complexe du système nerveux.

Remplacement des cellules de soutien – Les cellules gliales, celles qui aident à soutenir et à protéger les neurones, sont également touchées par la SLA. Par conséquent, le remplacement de ces cellules pourrait ralentir la progression de la maladie. En théorie, les cellules pourraient être manipulées afin d’accroître leurs propriétés protectrices, et les scientifiques sont actuellement à la recherche d’approches qui leur permettraient de le faire à partir de cellules souches neurales transplantées.

Protection et facteurs de croissance – Les cellules souches neurales sécrètent des facteurs neurotrophiques qui favorisent la croissance des neurones et les protègent. Ceci pourrait aider à protéger les motoneurones existants et à ralentir la progression de la maladie.

Dispositif d’administration ciblée – Certaines cellules souches sont naturellement capables de cibler les régions endommagées du système nerveux. Il serait donc possible de tirer profit de cette propriété et de modifier génétiquement ces cellules afin qu’elles expriment des molécules bénéfiques particulières. Ceci permettrait de prévenir les effets secondaires pouvant résulter d’une approche thérapeutique moins ciblée.

Il existe des modèles animaux chez qui l’injection de cellules souches s’est traduite par des résultats positifs – dans une certaine mesure. Par exemple, des cellules souches injectées à des souris reproduisant la variante familiale à mutation SOD-1 de la maladie ont pu prolonger la durée de vie de ces animaux, mais sans toutefois empêcher la mort. Des essais cliniques portant sur l’administration de cellules souches chez des personnes humaines atteintes de la SLA ont actuellement cours aux États-Unis. Toutefois, ces essais en sont encore aux premiers stades, où les chercheurs tentent d’établir l’innocuité et la tolérance de tels traitements.

Défis se posant actuellement à l’utilisation thérapeutique de cellules souches

Les chercheurs devront franchir de nombreuses étapes avant que les traitements par cellules souches puissent être considérés comme envisageables. Ils devront notamment :

• Déterminer quel serait le bon type de cellule souche à utiliser dans le traitement de la SLA.

• Établir le point d’administration correct et la méthode de greffe.

• Identifier les composés chimiques qui encourageront la croissance et la différenciation des cellules souches.

• Mettre au point des thérapeutiques qui préviendront le rejet et assureront l’innocuité de la greffe.

La SLA affecte de nombreuses régions du corps, ce qui signifie que la régénérescence neurale devra s’effectuer dans de multiples régions du cerveau et tout au long de la moelle épinière.

Certains des traitements administrés à l’étranger font appel à l’injection de cellules souches dans la circulation sanguine, en laissant ensuite l’organisme dicter leur utilisation. Ce type de traitement pourrait se révéler inutile dans la SLA, puisqu’on ne sait pas si les cellules en provenance du sang peuvent pénétrer librement dans le système nerveux.

Même dans l’hypothèse où un traitement permettrait d’assurer la greffe de cellules souches dans le système nerveux, le rétablissement fonctionnel suite à une perte de motoneurones nécessiterait qu’une cellule souche puisse se différencier en motoneurone et croître le long du même trajet que la cellule détruite. C’est uniquement de cette manière que le muscle pourrait se raccorder de nouveau à la région bien précise du cerveau qui le contrôle. Chez les modèles animaux, il faut des mois pour obtenir une croissance cellulaire de quelques millimètres; or, dans le cas de certains motoneurones, la croissance devrait atteindre un mètre. Même si on suppose que les nerfs puissent se régénérer ainsi dans le cadre d’un traitement hypothétique, cela ne veut pas dire que la fonction neuromusculaire recherchée pourrait être rétablie.

Mentionnons que les scientifiques ne peuvent contrôler la croissance des cellules souches au sein du système nerveux, pas plus qu’ils ne savent comment encourager le processus normal de développement et de différenciation – ni assurer une innervation musculaire adéquate, tout en prévenant l’établissement de « mauvaises connexions ». De plus, on ignore dans quelle mesure la greffe entraînera le développement de types cellulaires indésirables ou même cancéreux. Et contrairement aux médicaments, les cellules souches ne peuvent pas nécessairement être fabriquées et testées en grande quantité. Il est donc possible que le traitement doive être adapté spécifiquement pour chaque patient.

À l’heure actuelle, certains scientifiques sont d’avis que c’est l’approche axée sur le soutien et la guérison des motoneurones survivants par les cellules souches qui a le plus de chances de réussir d’abord. La question importante qui se pose au sujet des traitements anti-SLA par cellules souches est donc une question de temps – à savoir, quand les chercheurs auront-ils acquis une compréhension suffisante des cellules souches pour pouvoir influer sur la maladie.

PRÉOCCUPATIONS ÉTHIQUES

Il existe de nombreuses questions d’ordre éthique découlant de l’utilisation des cellules souches embryonnaires. En effet, le prélèvement de cellules embryonnaires a pour conséquence la destruction du blastocyste. Parmi les sources de cellules souches embryonnaires, on compte les embryons avortés, ainsi que les embryons non désirés provenant des techniques de fécondation in vitro (FIV). Les dons d’ovules humains sont rares, la technique de prélèvement chez une donneuse volontaire étant invasive et potentiellement risquée.

Il existe bien une solution de rechange, le clonage thérapeutique, qui permet d’obtenir des cellules souches embryonnaires. Mais cette méthode est elle aussi préoccupante sur le plan éthique. En effet, les chercheurs n’ont pas encore su parfaire le processus de transfert du noyau cellulaire somatique, ce qui fait que de nombreux ovules doivent être utilisés avant de réussir à obtenir des cellules souches.  Pour contourner ce problème, les chercheurs pourraient utiliser des ovules animaux pour y transférer le noyau somatique; toutefois, cela suppose la création d’un hybride humain/animal – un procédé jugé inacceptable tant d’un point de vue médical qu’éthique.

Sur le plan juridique, le Canada a adopté le Projet de loi C-6 sur la procréation assistée qui a acquis valeur de loi en mars 2004. Les dispositions de la loi encadrent la fécondation in vitro et interdisent le clonage humain. Elles établissent un juste équilibre entre la notion de respect de la vie humaine et le potentiel des nouvelles technologies pour la science moderne.

Pour sa part, la Société canadienne de la SLA finance les travaux de recherche évalués par les pairs – c.-à-d. qui passent d’abord par un processus d’évaluation rigoureux faisant intervenir d’autres chercheurs de la communauté scientifique canadienne –, ainsi que d’autres travaux évalués selon des méthodes reconnues à l’échelle internationale, telles qu’adoptées par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).  

La Société canadienne ne finance aucun projet de recherche reposant sur l’utilisation de cellules totipotentes dérivées d’embryons humains intacts ou modifiés, et n’entend pas le faire jusqu’à ce que le gouvernement fédéral formule des lignes directrices à ce sujet. Par contre, la Société canadienne encourage les chercheurs à appliquer des méthodes novatrices pour créer des cellules souches à partir de l’organisme même du patient, dans le but d’élaborer des thérapeutiques contre la SLA.

« TRAITEMENTS » PAR CELLULES SOUCHES OFFERTS À L’ÉTRANGER

Il existe bon nombre de cliniques à l’étranger qui, misant sur les espoirs suscités par les cellules souches, proposent directement des traitements aux patients par l’intermédiaire d’Internet. Toutefois, il faut savoir que ces cliniques ne sont ni encadrées ni homologuées, les « traitements » qu’elles offrent n’étant basés sur aucune preuve scientifique ou pratique clinique reconnue. Dans beaucoup de cas, les cliniques offrant ce type de traitement sont situées dans des pays en voie de développement où il n’existe quasiment aucune réglementation en la matière.

Il n’existe pas de données scientifiques démontrant que ces « traitements » sont sûrs. En effet, les protocoles et résultats associés aux techniques qu’on y pratique n’ont pas été publiés ni soumis à un examen indépendant.

Dans leurs activités de marketing direct auprès du public, ces cliniques utilisent un discours par trop optimiste qui ne s’appuie sur aucune donnée probante publiée ou examinée par des pairs. De plus, mentionnons qu’aucun patient SLA ne s’est jamais remis de la maladie suite à un traitement par cellules souches offert sur le marché – même si bon nombre ont déboursé de leur poche pour défrayer les coûts de tels traitements. Il existe des raisons de penser que les patients ne reçoivent pas une information adéquate et suffisante au sujet de ces traitements, et qu’ils courent des risques inutiles.  Enfin, ces cliniques contribuent à créer des attentes chez le public qui dépassent les capacités actuelles de la science.

La plupart des sites faisant la promotion de ces traitements par cellules souches ne font nulle mention des risques. Certains sites mentionnent bien les risques liés au geste médical ou d’autres effets, comme une fièvre non spécifique ou un picotement, mais en général, elles décrivent les cellules souches comment étant un traitement sûr et efficace pour soigner une multitude de maladies, dans un contexte d’utilisation clinique routinière. Or, ces pratiques n’ont pas fait l’objet d’essais cliniques en bonne et due forme afin de prouver leur efficacité, et sont susceptibles en outre d’entraîner de graves effets secondaires.

Par exemple, certaines entreprises offrent des cellules souches prélevées à partir du cordon ombilical de fœtus avortés – sans pouvoir prouver de façon claire que cela profite aux patients. Et il n’existe aucune garantie quant à la compatibilité génétique ou à l’innocuité de la source sur le plan pathologique. Dans l’état actuel de la science, la séparation des populations cellulaires reste une tâche imparfaitement maîtrisée. Il est donc possible que les « thérapies » par cellules souches impliquent en fait l’administration de nombreux autres types de cellules. Toutefois, ni le public, ni la communauté scientifique ne sont informés de la nature des types cellulaires administrés aux patients. Le suivi reste rare, et les thérapies ne sont pas testées de concert avec un placebo. Enfin, ces cliniques n’utilisent aucune des méthodes d’évaluation courantes des patients SLA, telles que la mesure de la force musculaire, l’EMG ou la mesure de la capacité vitale forcée.

Le coût moyen d’une série de traitements selon l’information mentionnée sur les sites Web est de 21 500 $, ce qui exclut les frais de déplacement pour les patients et les soignants. On voit donc que ces établissements faisant leur réclame directement auprès du public sont dispendieux; et nous sommes d’avis que le fardeau financier pour les patients est injustifié compte tenu des risques et des bénéfices limités ou nuls qu’ils peuvent espérer en retirer.  

La Société canadienne de la SLA appuie le droit de chaque personne à décider du traitement qu’elle souhaite suivre. Toutefois, elle recommande fortement que toute personne songeant à se soumettre à un traitement alternatif discute des différents aspects de ce traitement avec son médecin avant de prendre une décision finale. Les professionnels de la SLA forment une communauté aux liens étroits qui se voue à la compréhension de la maladie et à la recherche d’un traitement. Les personnes vivant avec la maladie peuvent être assurées qu’elles ne manqueront pas le bateau si jamais une thérapeutique prometteuse voyait le jour, dans la mesure où elles sont suivies par une clinique ou restent en contact avec une association ou une société provinciale se vouant à la SLA.

Pour obtenir une liste des cliniques de la SLA au Canada, prière de consulter cette liste.  

THÉRAPIES PAR CELLULES SOUCHES : MÉFIEZ-VOUS DE CE QUI SUIT!

  • Affirmations s’appuyant sur des témoignages plutôt que sur des travaux cliniques attestés.
  • Affirmations selon lesquelles de multiples maladies peuvent être traitées à l’aide des mêmes cellules.
  • Manque de clarté de la documentation quant à la source des cellules ou à la manière dont le traitement sera effectué.
  • Affirmation selon lesquelles il n’existerait aucun risque ou danger.
  • Coût élevé du traitement ou coûts cachés; se rappeler qu’il n’est pas habituel de demander des frais aux patients pour faire partie d’un essai clinique.

Si vous songez à suivre une thérapie par cellules souches, cherchez d’abord à savoir si des études précliniques ont été publiées, examinées et reproduites par des experts. Le fournisseur devrait détenir une approbation en provenance de comités indépendants et d’organismes de réglementation nationaux ou régionaux. Ceci vous donnera au moins l’assurance que les risques sont réduits au minimum et que les avantages potentiels de la thérapie en valent la peine.

Ressources en ligne